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Une photo, prise le 16 août 1944 à Chartres le jour de la Libération, par R.Capa,
Une photo emblématique, témoignage douloureux d’une période complexe, où la joie provoquée par la Libération, voulant exorciser les souffrances vécues et imposées par la barbarie nazie, a généré la vindicte populaire : la nécessité d’épancher sa colère par une autre violence, une autre horreur dont les femmes en furent les victimes expiatoires : l’Epuration, par l’humiliation publique : la Tonte .
Un dramaturge suédois, H. Mankell, gendre d’Ingmar Bergman, en regardant la photo de Capa, imagine l’histoire de cette jeune femme tondue, serrant dans ses bras son enfant … fruit vivant de la faute commise avec l’occupant ! C’est la pièce :
DES JOURS ET DES NUITS A CHARTRES.
Simone Touseau sous sa plume est transformée de collaboratrice convaincue en pauvre victime d’une histoire d’amour impossible, semblable au conflit des Montaigu et Capulet, empoisonnant les sentiments de Roméo et Juliette.
Peu importe à vrai dire, car l’histoire particulière en devenant emblématique rebondit sur le sordide de toute une époque où la violence et la haine ont contaminé toutes les relations humaines.
La pièce de Mankell a l’audace de faire basculer nos certitudes, nos convictions en levant le voile sur ce passé douloureux et bien enfoui dans notre mémoire collective. On sort du clivage traditionnel, la violence chez les « collabos » et « l’angélisme » chez les résistants ! La guerre est le pire des maux, elle transforme l’humain en loup, pire en bourreau : ainsi tour à tour certains personnages pour se venger, s’amuser ou se protéger vont trahir ou torturer Simone. « Nous ne serons pas comme eux » crie l’un des résistants pour combattre le désir de violence.
La mise en scène de D. Benoin, minimaliste, sobre, aux éléments du décor neutres, permet aux comédiens de jouer sur l’exacerbation des sentiments.
Par le jeu des ombres et des lumières ,la place des photos… la chambre noire, la voix off de Capa, le jazz comme élément musical reliant chaque tableau-scène, le spectateur est sensible à la tension permanente, à la violence contenue qui animent les personnages pour laisser place à l’émotion car « en d’autres termes, la pièce reflète le monde terrible et l’époque dangereuse dans lesquels nous vivons » H. Mankell
Lamas M.
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